07/01/12, 18H30 : projection de « Nostalgie de la Lumière » + débat avec P. Guzman

Samedi 7 janvier à 18h30
190, boulevard de Charonne Paris 75020.
Métro : Alexandre Dumas
Renseignements : 01 40 24 16 34
Mail : aexppfrance@hotmail.com

L’Association d’ex-prisonniers politiques chiliens-France et  Confluencesvous invitent, à la projection du film  » Nostalgie de la lumière « , suivie d’une rencontre avec son réalisateur, Patricio Guzmán.

Soirée au bénéfice du projet « Archives audiovisuelles » (témoignages filmés d’exilés chiliens).

Empanadas, vin et boissons, chants et danses par les artistes solidaires Polo Gómez, Marcos Soto et Isabelle de la Preugne
Entrée : 5 € (consommations en sus)

Critique Le Monde.fr – 26.10.10
« Nostalgie de la lumière » : un chefd’oeuvre à la sérénité cosmique
Patricio Guzman est l’un des principaux chroniqueurs cinématographiques de
l’histoire contemporaine chilienne. On sait à quel prix ce travail fut rendu
possible : emprisonné par le régime de Pinochet lors du coup d’Etat de 1973,
finalement relâché, il choisit l’exil, à Paris, comme son compatriote Raoul Ruiz
(tous deux sont nés en 1941), maître de la fiction baroque. Guzman ne cessera
quant à lui de revenir à son pays par la voie du documentaire politique, depuis
La Bataille du Chili (1979) jusqu’à Salvador Allende (2004).
Agé de 69 ans, il signe aujourd’hui avec Nostalgie de la lumière un film
totalement inattendu, qui contourne le genre pour mieux le mener vers des
sommets de poésie. Ce film n’est pas seulement le chef-d’oeuvre de Guzman, il
est un des plus beaux essais cinématographiques qu’on a vus depuis longtemps.
Son canevas, complexe, est tissé avec la plus grande simplicité. Trois niveaux
s’y enchevêtrent : des considérations sur la recherche astronomique, une
archéologie des fondations indiennes et une mémoire de la dictature.
Un lieu rassemble ces trois couches sensibles : le désert d’Atacama. Cet endroit,
réputé être le plus aride et le moins propice à la vie de notre planète, Nostalgie
de la lumière le transforme en terreau incroyablement fertile. Parce qu’on y
trouve à la fois le plus grand observatoire astronomique au monde, les vestiges
remarquablement conservés des civilisations autochtones et les cadavres de
déportés politiques assassinés durant la dictature dans les camps environnants,
avant d’être disséminés dans les sables. Chacune de ces réalités induit un travail
de prospection particulier. L’astronome scrute le ciel, l’archéologue fouille le
sol, les femmes de disparus creusent, depuis vingt-huit ans, sans relâche, les
entrailles de la terre.
Le génie du film, inspiré du génie du lieu, consiste à mettre ces recherches,
comme les personnages qui les incarnent, en rapport. Gaspar l’astronome,
Lautaro l’archéologue, les veuves Victoria et Violeta partagent la même
obsession des origines, qui de l’Univers, qui de la civilisation, qui du mal et de
la mort. Le regard dans les étoiles ou les mains dans le sable, ils connaissent la
même incertitude, le même sentiment de relativité et de précarité, la même
opiniâtreté à chercher la lumière dans cette nuit profonde qui environne
l’humanité. Cela nous les rend, comme personnages, précieux et bouleversants.
Nostalgie de la lumière doit pourtant sa réussite à un travail formel qui engage
davantage que ses personnages : une science insolite du montage, une magie de
l’association entre les choses et les êtres, un art de mettre au jour des
connexions insoupçonnées. Momies et télescopes, billes d’enfants et galaxies,
azur et ténèbres, traces du passé et projections d’avenir, douleurs infinies et paix
sidérale entrent ici dans la danse de l’esprit poétique qui les célèbre, quelque
part entre 2001 Odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick, et Le Songe de la
lumière, de Victor Erice.
Le film révèle aussi les liens objectifs qui existent, à travers d’autres
personnages, entre ces réalités disparates. C’est le cas de Luis, ancien
prisonnier, qui doit d’avoir survécu à la passion de l’astronomie que lui ont
inculquée les savants en prison. C’est aussi celui de Valentina, jeune astronome,
qui puise dans l’observation du cycle de l’Univers une raison suffisante
d’apprécier la vie, après que ses deux parents ont été assassinés, alors qu’elle
n’était qu’une enfant. On tient ici, dans l’image tremblante de cette jeune
orpheline qui pose avec son enfant, la beauté ultime du film : tirer, d’une terre
ingrate et d’une histoire inhumaine, la force de chercher encore, donc d’espérer
encore.
Il aura fallu à Patricio Guzman quarante ans de lutte pied à pied, de mémoire à
vif et de souffrance intime, pour aboutir à cette oeuvre d’une sérénité cosmique,
d’une lumineuse intelligence, d’une sensibilité à faire fendre les pierres. A un tel
niveau, le film devient davantage qu’un film. Une folle accolade au genre
humain, un chant stellaire pour les morts, une leçon de vie. Silence et respect.
Documentaire chilien de Patricio Guzman. (1 h 30.)
Jacques Mandelbaum

Devoir de mémoire : Projet de constitution d’un fond d’archives audiovisuelles
L’association des ex-prisonniers politiques chiliens-France s’est donné pour les trois années à venir un objectif permanent : contribuer à la récupération de la mémoire collective du peuple chilien. À l’instar d’autres initiatives développées en Argentine (Memoria Abierta) et au Chili (Corporación de Villa Grimaldi et Museo de la Memoria, où des copies de cette archive seront déposées), nous envisageons la réalisation d’entretiens filmés de militants des années 60-70, exilés en France.
Ce projet – d’une durée d’environ 3 ans – sera visible aussi via un site Internet et dans des
institutions culturelles en Europe et en Amérique latine. Ce seront des portraits où l’histoire individuelle de l’engagement politique éclairera et illustrera la montée du mouvement populaire au Chili dans les années 60 culminant avec l’arrivée au gouvernement de l’Unité Populaire en 1970 et le coup d’état qui mit brutalement fin, trois ans après, à cette tentative de construire une société plus juste.
Ces portraits nous parleront aussi, bien sûr, de la résistance contre la longue dictature de
Pinochet, de la clandestinité, de la prison, de la torture, et des expériences durant l’exil, des activités militantes et de la vision du Chili actuel de ces protagonistes des luttes passées.
L’histoire officielle est celle des vainqueurs. Nous voudrions contribuer aux nombreux
efforts accomplis dans le monde pour que la voix des vaincus soit entendue et transmise, et pour que les luttes du passé éclairent les luttes d’aujourd’hui.
Les conquêtes sociales du peuple chilien, balayées par la dictature, sont en effet loin d’être
restituées, et la chape de plomb instaurée par une « démocratie verrouillée » commence à
peine d’être levée. Malgré des initiatives récentes qui vont dans le sens de la récupération de la mémoire des luttes et de la répression, les pages noires de 17 ans de dictature sont encore absentes des manuels scolaires.
Le Chili est toujours régi par la constitution pinochétiste, qui permet aujourd’hui d’exercer
une répression musclée sur les secteurs sociaux contestataires. Reconstruire la mémoire des luttes prend dans ce contexte toute son actualité.
Cinq entretiens ont été déjà réalisés, ils nous ont permis de mesurer la somme de travail
nécessaire et les moyens dont ont a besoin pour continuer au rythme voulu.
Ils nous ont aussi fait avancer dans la précision de certains aspects techniques et
méthodologiques. Mais par-dessus tout, l’intense expérience humaine qu’a signifiée chacun de ses entretiens a renforcé notre conviction de la nécessité de préserver cette mémoire, de l’importance de chaque témoignage pour reconstruire la mémoire collective dans le caléidoscope des mémoires individuelles.
http://chiliveriteetmemoire.org

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A propos asambleachilefrancia

Asamblea Ciudadana de Chilen@s en Francia
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